Body Positive

Body positive et chirurgie sont-ils compatibles ?

17 février 2021
Plume Positive_Body positive et chirurgie sont-ils compatibles ?

Combien sont-elles ? Ces femmes complexées, qui ont très souvent enduré les humiliations corporelles dans leur enfance, dans leur vie d’adulte, peut-être même aujourd’hui, et qui continuent de se battre pour que cela ne les définisse pas, sans y parvenir, car le poids des mots les accable et les empêche de s’en défaire complètement …
Combien sont-elles ?
Combien sommes-nous ?
Et qu’est-ce que cela peut bien donner sur l’adulte que nous devenons ?

Je me suis souvent posé cette question, curieuse de savoir si nous étions nombreux.ses -ou au contraire très peu- à envisager de modifier une partie de notre corps pour briser le mal-être et espérer se réconcilier enfin avec ce corps.

Parallèlement, le traitement médiatique et social réservé à la chirurgie crée un véritable tabou autour de cette pratique. Il la rend de facto incompatible avec toute forme d’acceptation, mais aussi de légitimité dans notre beauté : si tu n’es pas naturel.le, quel est donc ton mérite ? Es-tu digne de compliments ? De contemplation ? De considération?
Es-tu digne de leur regard ?

Généralement, je suis d’avis de dire que chacun fait ce qu’il veut, tant qu’il se sent à l’aise avec lui-même. Et je le pense toujours. Le prix de la liberté est trop élevé pour s’en priver !
Pour autant, à l’heure où les injonctions frustrent bon nombre d’entre nous et où le body positive gagne du terrain, il est grand temps de statuer si la chirurgie esthétique entre en conflit ou non avec la philosophie de positivité corporelle ?

SE METTRE EN CONFORMITE.

Votre premier réflexe sera certainement de douter de la sincérité d’une telle démarche. En effet, comment revendiquer que l’on s’accepte lorsque l’on veut tout changer dans son corps ?
Dans le monde du body positive, deux camps s’affrontent sur cette question épineuse. Et vous faites probablement partie du camp des contre si vous considérez que cela n’encourage pas les femmes à se battre contre leurs complexes. De même qu’au contraire, cela les encourage à choisir la voie de la facilité. Effectivement, cela revient à céder aux pressions sociales sur votre corps, et donner raison à tous ceux qui pensent qu’il faut s’aligner sur un modèle physique standard. Il faut bien se l’avouer.

Tout comme il faut s’avouer que cela tend à créer des standards de beauté parfois inaccessibles. Je pense en écrivant cela au combo poitrine généreuse/taille fine/hanches larges et fessier rebondi, dont la cohérence des proportions sur certaines personnalités me fait parfois douter qu’il soit naturellement envisageable. Je ne peux qu’abonder dans le sens de ceux qui pensent que le message que nous transmettons, si les modèles corporels ne correspondent même pas aux proportions humaines, est que nos corps ne seront jamais assez “suffisants”.

Toutefois, peut-on vraiment vous en vouloir de ne pas avoir envie de vous battre ? De ne pas vouloir renoncer à la paix d’esprit ? De ne pas vouloir redouter chacune de vos apparitions publiques ? Le seul fait de posséder un corps ne fait pas automatiquement de vous un.e militant.e ! Et j’ajouterai que la majeure partie du temps, il faut bénéficier au préalable d’une autre validation sociale de beauté (généralement de “beaux” traits” du visage) pour encaisser les critiques sur son corps. Ce qui constitue en soi un privilège. Que tout le monde n’a pas.

Je jette certainement un pavé dans la mare mais cette donnée me paraît essentielle à rappeler : il est bien plus aisé pour une personne ne souffrant pas ou peu des injonctions corporelles de se positionner contre toute forme de changement.

REPENSER LE BODY POSITIVE

Le body positive ne devrait jamais être source d’injonctions. Il invite à emprunter le chemin de l’acceptation, en donne des clés, prône la bienveillance envers soi et les autres.
Être body positive c’est une démarche pour se sentir bien dans son corps. Cela ne doit pas devenir un combat où l’on lutte continuellement contre nos pensées. Où l’on se force à s’aimer inconditionnellement et en tout temps, quitte à se mentir. En ce sens, il vous revient entièrement de décider de quelle façon mettre en valeur votre corps.

La vraie question serait de savoir si oui ou non, vous le faites réellement pour vous ou pour les autres. Mais alors, comment s’assurer que vous n’êtes pas inconsciemment influencé.e par les standards de la société ?
Et bien je jette un autre pavé dans la mare : je pense qu’il est impossible de le savoir. Vos perceptions sont forgées par tout ce que vous avez internalisé, y compris les codes de la société. Lorsque vous tentez de vous convaincre que “vous le faites pour vous, bien évidemment!”, vous vous cachez certainement derrière cela pour donner une légitimité à vos choix.
Savoir pour qui vous souhaitez changer, c’est bien là toute l’essence du débat. Mais un peu aussi, celui de votre conflit intérieur.

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