Body Positive

Le body positive est-il anti-minces ?

25 janvier 2021
Le body positive veut-il dire être anti-minces ?

En tant que rédactrice de contenu body positive, je n’ai de cesse (généralement avant publication) de me questionner sur la définition que je donne à ce terme. Depuis sa conception, notre plateforme se veut la plus inclusive possible, vectrice d’unité, volontaire à supprimer les barrières qu’ont pu ériger les « catégories » et « morphologies » entre nous. C’est là le sens du mot communauté, par vous tous, pour tout le monde, et pour que le body positive devienne plus qu’un mouvement mais bien un état d’esprit.

Dans ce sens, la question qui revient le plus souvent concerne la légitimité d’étendre ce mouvement à tous les corps : le body positive n’a-t-il pas été créé avant tout pour une minorité de personnes jugées et opprimées ? Face à ces interrogations, j’ai souvent hésité à sortir des plates-bandes normatives du body positive, par crainte entre autres de heurter les personnes susceptibles de se sentir invisibilisées. Mais le plus important, en réalité, c’est de mener une réelle réflexion sur le sens que nous donnons à ce mouvement.

Ma position sur le body positive

Pour résumer ma position, je dirais que le mouvement body positive a une genèse qui se doit d’être respectée : ce mouvement a initialement été créée pour donner de la visibilité aux personnes invisibilisées – comprenez bien ce terme- par les normes de beauté et victimes le plus souvent de grossophobie et autres systèmes de stigmatisation corporelle. Il existe donc une grande différence entre le bodyshaming « simple » lorsque notre corps est globalement normé (que tout le monde subit plus ou moins et contre lequel le body positive se positionne clairement aussi), et le fait d’être relégué en marge de la société au quotidien et à toutes les étapes de notre vie.

Pour résumer, tout le monde peut avoir des complexes, mais il ne s’agit pas d’une compétition pour savoir qui souffre le plus. Notre vision du body positive à nous, ce sont des hommes et des femmes qui se soutiennent et respectent le vécu de chacun, tout en luttant pour ouvrir leur esprit à plus de bienveillance corporelle et de tolérance. Comparer la grossophobie médicale à une remarque sur le physique d’une personne globalement normée n’est donc ni sain, ni réellement body positive.

Mais alors, peut-on faire une taille 36 et être body positive ?

Il y a quelques mois, vous avez peut-être assisté sur les réseaux sociaux au petit débat entre Raffela Mancuso, défenderesse du mouvement Body Positive et d’autres Instagrameuses comme Danae Mercer ou Karina Irby. La première pointe du doigt le fait que des femmes minces s’emparent du mouvement body positive et finissent par en occuper la majorité de l’espace médiatique.

Voici la réponse de Karina Irby : « Mon histoire ne concerne que mes propres insécurités et luttes personnelles, à savoir l’eczéma chronique, la staphylococcalite, la cellulite et les ballonnements. Je reste dans ma voie. Je parle de ce que je sais et de ce que j’ai vécu personnellement. Je n’ai jamais, ou je ne prêcherai, des sujets que je n’ai jamais eu à traiter. Peu importe qui vous êtes ou ce que vous dites ou faites … chaque personne sur cette terre se sent vulnérable par rapport à une partie de son corps ou son apparence« .

En effet, une personne peut correspondre globalement aux normes de beauté, et toujours cultiver des complexes. C’est le cas par exemple lorsque cela ne concerne qu’une partie de notre corps : des fesses proéminentes, du ventre, une grosse poitrine … la positivité corporelle n’est pas réservée à une partie de la population, tout le monde peut (et doit !) parler de ce que signifie pour lui la positivité corporelle. Mais il ne s’agit surtout pas d’un sport ou d’une compétition avec un seul gagnant ! Certains vécus ne sont pas comparables et l’invisibilisation des personnes grosses dans le mouvement body positive est un réel sujet.

Le privilège mince

Effectivement, il est important de rappeler qu’une personne grosse recevra beaucoup plus de critiques et de jugements de la part des autres qu’une personne mince. Une personne mince cultivera également beaucoup plus de privilèges. Par exemple :

  • Les espaces publics s’adaptent à sa morphologie et à sa taille (trains, avions, salles de classe).
  • Elle n’est pas immédiatement catégorisée (paresseuse, en mauvaise santé, trop gourmande …).
  • Elles n’est pas non plus victime de discrimination au travail ou lors de la recherche d’un emploi.
  • Elle peut trouver des vêtements qui lui conviennent dans n’importe quel magasin de détail ou en ligne.
  • Elle est beaucoup plus représentée dans les médias, dans les œuvres d’art ou de culture comme étant « la norme ».
  • Son corps est plus ou moins ce vers quoi tout le reste de la société est encouragé à aller depuis toujours, elle n’est donc pas stigmatisée
  • Elle n’est pas sans cesse renvoyée à son poids (chez le médecin par exemple)
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Il ne s’agit pas de nier le privilège « mince » dans notre société actuelle qui, disons-le, est ouvertement grossophobe. Être body positive, c’est avant tout reconnaître que différentes formes de discrimination ne peuvent pas être comparées entre elles, mais c’est aussi admettre que ce terme est aussi pluriel qu’il n’existe de formes de discriminations.

Nous avons besoin que la positivité corporelle soit adoptée par tout le monde pour qu’elle puisse apporter un changement durable.

Connaissez-vous le skinny-shaming ?

Là où le body positive accueille une stigmtisation mince, c’est sous le skinny shaming. Celui-ci est tout aussi présent que le fat shaming. Le skinny-shaming désigne le fait de critiquer une personne pour sa minceur :

 » On voit que tes os, on dirait un squelette »
 » Tu as le corps d’un enfant de 12 ans »
« Les hommes veulent de vraies femmes avec des formes, pas des bâtons »

Ces phrases semblent dures à entendre, n’est-ce pas?

@jessi_jean_photo

C’est une forme de remarques désobligeantes que l’on se permet de vous énoncer lorsque l’on vous considère « trop maigre ». Vous avez sûrement dû entendre parler du tristement célèbre « All about that bass » de Meghan Trainor qui, se voulant body positive, a glissé vers le skinny shaming à coup de références aux « pétasses maigres » et autres amabilités.

À la différence des autres, la subtilité du skinny shaming est qu’il est extrêmement décomplexé. Utilisation de maladies à des fins d’insultes (« anorexique ») et critiques ouvertes sur le physique (« trop plate ») font légion dans cette forme de stigmatisation dont on n’est pas censé se plaindre. En fin de compte, n’est-il pas plus simple de laisser les autres s’accepter tels qu’ils sont … ?

Pour finir, le but du mouvement body positive est que chacun puisse s’accepter peu importe sa morphologie. Cela ne sert à rien de se faire la guerre entre nous car le combat est le même : celui de l’acceptation de tous.

Plutôt que de nous exclure dans cette quête de positivité, nous devons nous entraider !

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