Body Positive

En finir avec le complexe de la poitrine

18 novembre 2020
Article le complexe de la poitrine

Tombants, écartés, et rarement tout ronds …
Des seins, il en existe presque autant que de complexes autour de cette partie du corps finalement pas si simple à porter. En tous cas, quelle que soit la façon dont vous les nommez, il est temps de se poser et d’en PARLER.

Le mythe de la poitrine unique

Cette paire de seins, vous l’avez peut-être attendue toute votre adolescence. On la rêvait bien ronde, toute moelleuse et surtout à la « bonne taille » ! La bonne taille, c’est bien évidemment le 90C bombé et bien droit. C’est la médaille d’or incontestée du décolleté, la mensuration incontournable des défilés.
Néanmoins une fois leur croissance terminée, la réalité rejoindra rarement le fantasme. Vos seins vous paraîtront parfois trop gros, pas assez fermes, asymétriques. Mais aussi trop petits, aux mamelons larges, pas assez ronds, « en gants de toilette », pas galbés …
Parfois même, des événements de la vie comme une grossesse, une opération ou une perte de poids viendront marquer votre poitrine de cicatrices ou de vergetures.

Si cela vous apparait comme un complexe, alors vous êtes probablement victime du mythe de la poitrine unique. C’est cette idée selon laquelle il n’y aurait qu’un seul type de poitrine valable, reléguant ainsi les autres au simple rang de complexe. À mes yeux ce mythe doit impérativement être déconstruit, et à la dynamite s’il vous plaît !

Instagram : @herwanderdiary

Pourquoi ? Premièrement car ce mythe n’est tout simplement pas fidèle à la réalité. Comme expliqué plus haut, des seins, il en existe de tous types et de toutes formes. Spoiler alert par ailleurs, ils évoluent tout le long de votre vie ! Nous inciter par le complexe à les conserver inchangés à toutes les étapes de notre existence est donc au mieux franchement idiot, au pire totalement contre-nature.

Deuxièmement, parce que l’enjeu est résolument féministe et body positive. En attaquant les seins, on attaque directement la féminité. Et donc ce qui constitue l’identité la plus intime de toutes celles qui se réclament de ce genre. Cette forme d’injonction et de culpabilisation physique me semble proprement inacceptable. Par exemple, on émet souvent aux petites poitrines l’interdiction de revendiquer leur féminité, à coups de « tu n’as pas assez de seins pour porter … ».

J’ai tenté de comprendre les mécanismes qui nous ont conduit à ériger en norme inviolable un type de poitrine qui ne concerne pourtant que 21% des femmes en France, et me suis donc naturellement posé la question : comment en est-on arrivé là ?

Miroir, miroir … dis-moi qui a les plus beaux seins ?

Il est difficile de déterminer si l’on nous a vraiment donné les clés pour aimer nos seins tels qu’ils sont. La vraie question est plutôt de déterminer en quoi il existe des mécanismes bloquant notre processus d’acceptation.

Le manque de représentation est celui qui est le plus souvent décrié. À  raison d’ailleurs ! Habitués à ne voir que les poitrines dites « standards », on en viendrait presque à oublier qu’il en existe une multitude d’autres, ce qui participe donc à les invisibiliser. En niant leur existence dans l’espace public, on nie de facto la possibilité pour les femmes qui en sont dotées de les normaliser. Et donc de vivre avec sans avoir à intégrer qu’ils sont « différents ».

Ce constat rejoint d’ailleurs l’idéalisation d’une « vraie femme » et son trait toxique. Une vraie femme a une poitrine généreuse, propice à la maternité mais aussi et surtout à la sexualité. Toutes celles qui n’entrent pas dans cette définition sont donc renvoyées au complexe. Comment aimer ses seins tels qu’ils sont lorsque l’on vous répète incessamment qu’ils ne ressemblent pas à ceux d’une « femme » ?

Le regard intérieur

Notre « soi » dépend essentiellement du regard des autres, qui détermine bien souvent la valeur que l’on a. Cette tendance à se focaliser sur l’autre (« mes seins sont-ils comme les siens ? ») plutôt que sur soi (« comment m’aimer comme je suis ? ») se répand largement et est particulièrement néfaste à l’idée de tout processus d’acceptation.

Ces éléments, combinés aux injonctions vestimentaires liées à la poitrine (cacher vos seins dès lors qu’on les juge « trop gros » ou « pas assez fermes ») sont précisément ce qui crée les conditions pour la culpabilisation corporelle. Ils permettent de vous juger sur votre apparence, tout en mettant votre esprit sous contrainte.
Nous consommons tous les jours de la politique performative nous enjoignant à maintenir notre corps au top de sa forme tout en assumant 1001 tâches. Mais existe-t-il une injonction au ralentissement ? A l’acceptation ? QUI au collège, au lycée, au travail, dans notre famille, nous rappelle qu’il faut prendre le temps de s’accepter ? Et quand bien même vous parvenez à l’accepter : votre poitrine doit-elle forcément rentrer dans les normes de beauté pour être respectée ?

Un problème de sexualisation ?

Le rapport des femmes avec leur seins et les complexes associés résultent certainement aussi de la sexualisation du corps féminin. On attend des seins qu’ils soient un attribut sexuel, qu’ils « donnent envie », qu’ils honorent une tenue ou un décolleté, qu’ils vous fassent sentir comme une vraie femme. Plus ils sont gros, plus ils sont désirables, mais attention ! Pas trop gros non plus … sinon c’est vulgaire.

Dans cette perspective, lorsque votre poitrine est jugée « trop ceci » ou « pas assez cela », à qui pensez-vous que l’on fait référence ? Notre volonté de nous sentir à la hauteur ou a contrario, en dehors des fantasmes masculins peut nous conduire à porter un regard biaisé sur notre poitrine. Et cela, même lorsque nos homologues mascus ne le demandent pas forcément !

La représentation du corps féminin dans les magazines et les films pour adultes nourrit d’ailleurs largement ces fantasmes. Le rôle de notre environnement médiatique, culturel et politique est ainsi primordial dans notre avancée. Il l’est aussi pour comprendre que ce phénomène n’est pas imputable qu’à l’un des deux sexes. Désexualiser notre poitrine est nécessaire pour lui permettre de s’épanouir en tant que partie normale de notre corps. Et ce, sans injonction à respecter les bonnes proportions, ou des normes d’apparence.

Commentez, likez, partagez.

Comment sortir de cette spirale ?
À la tête du compte @plume_positive, nous sommes bien placées pour le savoir. Sur Instagram, ce qui a permis de créer une vague body positive, ce sont tous ces comptes décomplexants qui ont osé prendre la parole pour partager leur parcours. Evidemment, cela nécessite que certain.e.s d’entre nous soient force d’impulsion. Elle doivent oser afficher leur « différence » à un moment où celle-ci est encore considérée comme un défaut. Je pense par-là à des comptes comme celui de Chidera Eggerue alias @theslumflower. Toute jeune, elle a décidé de prendre le contrepied des critiques qu’elle a reçu sur ses seins tombants, et de les afficher avec fierté. Elle a plus tard lancé le hashtag #saggyboobsmatter pour enjoindre toutes les femmes concernées à en faire de même.

Instagram : @theslumflower

Elle cumule aujourd’hui plus de 300k. abonnés et est l’initiatrice d’un véritable mouvement de revendication. Mais entre le moment où on ose s’afficher et le moment où l’on reçoit véritablement du soutien, il y a tout un monde !
La meilleure façon de soutenir ces petites voix qui s’élèvent contre le diktat de la poitrine unique, c’est donc de suivre le fameux mantra : commentez, likez, partagez !

À votre échelle, vous pouvez leur apporter du soutien. Supportez-les, commentez leurs publications, partagez-les. Permettez-leur de porter leur voix aussi haut que ne leur permettent les réseaux sociaux, cet espace où chacun a la MÊME capacité de parole, contrairement aux médias traditionnels. Sachez que ces personnes s’exposent à la censure, à la remise en question de leur féminité et à la critique. La minimum que l’on puisse faire, c’est de leur montrer qu’elles ne sont pas seules !

Libérer la parole

Personnellement, j’ai aussi constaté l’importance de partager ses doutes sur sa poitrine. C’est nécessaire pour aider les autres, et créer un espace de parole dédié à cette question. Une autre solution consiste donc à libérer la parole. Et pourquoi pas dans le cas de certaines, partager leur cheminement pour enfin parvenir à s’accepter. Dans une perspective similaire, la blogueuse sexo Masha (@mashasexplique) a lancé le hashtag #cherepoitrine, relayé par le magazine Marie Claire. Ce hashtag devenu viral a permis à des centaines de femmes d’apporter leur témoignage sur le complexe lié à leur poitrine, le rapport difficile qu’elles ont entretenu avec elle, mais aussi la façon dont elles l’ont surmonté aujourd’hui.

Partager son expérience, c’est permettre à d’autres d’éviter de tomber dans des pièges similaires aux nôtres, et de faire les mêmes erreurs que nous, et c’est bien en cela que c’est important !

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