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Boys Allowed

Nazar : « c’est une force d’être différent »

15 juin 2019

Aujourd’hui nous sommes allées à la rencontre de Nazar, un danseur talentueux qui a accepté de nous parler de son parcours et de son combat contre les diktats de la société. Un parcours plein d’ambition, des conseils et un retour sur son parcours de danseur professionnel, il nous dit tout… ou presque !

COMMENT AS-TU COMMENCÉ LA DANSE ?

J’ai toujours dansé depuis que je suis tout petit. Quand j’étais à l’école, je choisissais toujours les activités de danse hip hop, c’était vraiment ce que j’aimais le plus. J’ai fait une année de danse au collège, mais ce n’était pas vraiment sérieux.

Je regardais beaucoup de clips à la télé, je m’inspirais beaucoup des américains, je regardais MTV Base, Trace TV, j’adorais regarder les clips vidéo. C’est Michael Jackson qui m’a vraiment donné l’envie de danser.

Je ne savais pas si je voulais faire de la danse mon métier parce que c’était une passion et c’est toujours dur de dire à ses parents « je veux être danseur ». Quand tu es jeune et que tu viens de passer ton bac, tu te dis que danseur n’est pas un métier.
Quelques temps après mon master, je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi. Être derrière un bureau et voir les mêmes personnes tous les jours … J’ai toujours fait passer la danse en deuxième alors que c’est ce que j’aimais le plus. Au fur et à mesure de mes expériences et de la vie, je me suis dit qu’il fallait toujours faire passer en premier ce que tu aimes le plus parce que tu ne vis qu’une fois.

COMMENT T’ES TU PROFESSIONNALISÉ ?

Je suis rentré dans une compagnie de danse, j’ai fait des stages, j’ai commencé à gagner des compétitions de plus en plus grosses, j’ai fait des castings et j’ai rencontré beaucoup de monde, des pionniers dans ma catégorie en House et en Hip hop. On m’invitait à l’étranger, je suis allé aux États-Unis, et là je me suis dit que voyager pour faire le show, c’était vraiment ce que je voulais faire. Au départ je doutais beaucoup de moi parce que je n’avais pas vraiment le « corps danseur ». J’étais moins costaud que maintenant mais avec la maladie que j’ai eue, j’ai pris beaucoup de poids. Malgré ça, j’arrivais loin dans les castings. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille c’est quand je suis allé au casting de Just Dance. On était environ 500 et je suis arrivé dans les 14 derniers. J’ai eu ma chanson dans le jeu Just Dance, et je me suis dit qu’il fallait vraiment que je continue à explorer. Au bout d’un moment, tu te réveilles et tu n’as pas l’impression que c’est un métier. Faire ce que tu aimes tous les jours c’est un cadeau.

Je suis devenu professeur au LAX Studio (la plus grande école de danse urbaine à Paris). J’ai continué à danser en compagnie. J’ai gagné encore des compétitions en chorégraphie, ce qui était nouveau pour moi parce que j’étais surtout freestyler.

COMMENT AS-TU GÉRÉ LA MALADIE ?

Au début je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. Je prenais beaucoup de poids alors que je ne suis pas un gros mangeur et j’avais d’autres symptômes. J’ai fini par aller consulter des professionnels et j’ai découvert que j’avais des problèmes de la thyroïde depuis quelques années déjà. Quand je me suis rendu compte que j’avais un cancer de la thyroïde, je me suis dit bon là il faut que tu kiffes ta vie peu importe s’il faut prendre des risques, si tu n’y arrives pas au moins tu auras essayé.

Ça été très dur au début, dans le milieu de la danse on se fait juger tout le temps, et je savais qu’on me refusait des castings à cause de ça.

Je voyais tout en noir mais c’est vraiment cette passion pour la danse qui m’a motivé à revenir et à me défoncer.

QU’EST-CE QUI T’AS FAIS CONNAÎTRE LE MOUVEMENT BODY POSITIVE ?

Souvent, j’entendais des chorégraphes et des directeurs artistiques dire : « Il fait partie des meilleurs mais il est trop enrobé », « si tu perdais un peu tu serais pris sur tous les plateaux ». Et je me suis dit : ce n’est pas normal que la personne ne veuille pas me prendre uniquement parce que j’ai du poids « en trop » alors que ce qui est le plus important, c’est le talent.

Ça a été dur à dire, mais j’ai été victime de grossophobie dans mon propre métier.

C’est pour ça qu’il y a quelque temps j’ai décidé de publier une story sur Instagram un peu « coup de gueule » qui a eu beaucoup de succès. Je me suis réveillé le lendemain matin en ayant reçu une centaine de messages du style : « Je suis avec toi », « il y en a marre, c’est toujours les mêmes, c’est toujours pour les personnes minces » … J’ai reçu du soutien de mes amis qui ne sont pas forcément costauds, qui ont d’autres complexes, et c’est à ce moment-là que je me suis dit que ça touchait tout le monde.

Avec ce que j’ai vécu, j’avais envie d’aller jusqu’au bout et me battre pour créer un mouvement en France pour toutes les personnes qui sont délaissées et que l’on boycotte par rapport à leur physique.

Le body positive est un mouvement que je ne connaissais pas au début mais en rentrant dans l’agence Plus, j’ai commencé à voir des publications qui portaient le hashtag #Plus ou #BodyPositive. J’ai commencé à m’y intéresser et je me suis rendu compte qu’il était utilisé par beaucoup de danseurs à l’étranger et notamment aux Etats-Unis.

QU’EST-CE QUE TU PENSES DU BODY POSITIVE EN FRANCE ?

Je vois que ça commence à bouger au niveau des marques, mais lorsqu’elles veulent représenter une personne avec une « forte corpulence « , ça reste avec un corps dans la « norme ». Il y a des échantillons de la population qui ne sont jamais représentés dans certaines marques. C’est dommage.

Un jour j’ai posé en caleçon pour une publicité qui avait pour but de mettre en avant des corps différents et je me suis pris pas mal de critiques par rapport à ça parce que l’on voyait un bourrelet qui dépasse ou un corps plus épais que la moyenne. Finalement ça a été une vraie thérapie. Je m’accepte comme je suis et je me dis que si les gens critiquent sans arrêt, c’est qu’ils ne s’aiment pas eux-mêmes.

J’ai eu la chance d’être tombé sur des chorégraphes qui n’ont pas hésité à me placer avec des artistes comme Gims, l’Artiste, Vitaa ou encore Slimane. Ils ont compris le combat que je menais. Je pense qu’avec leur vécu et les injustices qu’ils ont pu subir, eux aussi ont voulu montrer que tout le monde est différent et qu’il faut arrêter d’accepter les exigences physiques qu’on demande en France.

Y A-T-IL UNE DIFFÉRENCE ENTRE LA FRANCE ET L’ÉTRANGER ?

Je suis allé dans plusieurs pays, notamment en Inde pour faire des workshops et juger des battles, et j’ai vite remarqué qu’il y avait très peu de personnes en surpoids. Pour autant, quand les gens me voyaient avec ma corpulence, ils n’étaient pas choqués et ne portaient pas de jugement.

Quand je suis parti aux Etats-Unis, j’ai eu beaucoup d’opportunités. J’ai pu danser pour Janet Jackson par exemple et je me suis rendu compte que tous les danseurs avaient des physiques différents. C’est une force d’être différent là-bas parce tout le monde le voit comme une chance.

Il n’y a qu’en France où les mentalités sont fermées. Même quand je n’avais que 5-6 kilos en trop, je me prenais déjà des critiques. Je pense que tous les gens qui s’occupent des programmes à la télé sont en retard. Ils n’ont pas assez voyagé, ils n’ont pas vu ce qu’il se passe là-bas. Ils ont une vision trop fermée.

SELON TOI, POUR QUELLE RAISON TROP PEU D’HOMMES ENCORE SONT-ILS REPRÉSENTÉS DANS CE MOUVEMENT ?

Je pense que les hommes ont un peu plus de pudeur par rapport au fait de revendiquer leur corps et se faire accepter comme ils sont. Les femmes ont tendance à être plus facilement concernées. Si l’on prend l’exemple de ma maladie, elle toucherait environ 65 % de femmes contre 35 % d’hommes. Et j’ai également remarqué que je suis le seul danseur homme plus size qui a été retenu pour le jeu vidéo Just Dance contre 4 ou 5 femmes ayant des formes plus généreuses.

Il y a très peu d’hommes qui s’affichent sur les réseaux avec des corpulences comme la mienne et surtout avec un métier comme le mien. D’ailleurs on me dit souvent que je suis le seul danseur Plus Size qui s’affiche sur les réseaux en France; pourtant, je suis sûr qu’il y a beaucoup d’autres hommes qui n’osent pas encore sortir du silence.

[LES REMARQUES DU QUOTIDIEN]

Tu danses bien pour un mec costaud.

Et le problème c’est que tu ne sais pas quoi dire, tu ne sais pas si tu dois bien ou mal le prendre.

Tu t’habilles bien pour un mec rond.

Mais ce n’est pas parce que tu es rond que tu te laisses aller.

C’est dommage tu es beau, tu as un beau visage, tu devrais perdre un peu.

[STORYTIME]

Bientôt vous allez pouvoir me voir dans une publicité pour La Poste. C’est une sorte de comédie musicale de 2 minutes qui sera diffusée à la TV et sur les écrans de cinéma. Je fais partie des cinq personnages principaux. Au départ j’avais seulement un rôle mais à la suite du casting, ils ont vu que j’arrivais à suivre les chorégraphies.

[LE MOT DE LA FIN]

Dernièrement je suis rentré dans une agence grandes tailles et ça a débloqué plein de choses mentalement. Je me suis dit : « Bon en fait, il y a de la place pour tout le monde »

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2 Commentaires

  • Avatar
    Reply Laurie-Anne 4 juillet 2019 at 16 h 46 min

    C’est si important comme mouvement. Merci de créer un média plein de paix et d’aussi beaux messages.
    Et force à Nazar.

    • Bintou
      Reply Bintou 4 juillet 2019 at 18 h 14 min

      Bonjour Laurie-Anne, merci pour ces encouragements qui nous sont si précieux ! Contente que la plateforme te plaise 🙂 à très vite

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